Prendre le café au Nicaragua

Sabine Denis, directrice de Business & Society, a vu de ses propres yeux l’impact du fair trade sur les fermiers et fermières nicaraguayens. « En entendant le récit de leur vie, vous savez que le commerce équitable fonctionne. » 

« Je suis accro au café. J’ai besoin de ma dose chaque matin pour bien démarrer la journée. Jusqu’il y a quelques semaines, je buvais du café ordinaire d’une marque ordinaire. Je me suis toujours sentie concernée par le monde qui nous entoure et par le fossé navrant entre les riches et les pauvres. Mais je ne buvais pas de café issu du commerce équitable. Les excuses ne manquaient pas. Était-il aussi bon que mon café habituel ? Et puisque le fair trade est si bon pour tout le monde, comment se fait-il que quatre pour cent seulement des consommateurs en boivent ?

Depuis quelques semaines, je bois du café équitable. Il m’est en effet difficile de faire autrement après avoir rencontré les petits producteurs de café au Nicaragua. Cette rencontre a eu lieu dans le cadre d’un périple consacré au commerce équitable dans ce pays d’Amérique centrale et plus particulièrement au rôle des femmes dans ce domaine. Toutes mes excuses ont alors volé en éclats. Le fair trade fonctionne, je l’ai vu de mes propres yeux dans ces petits villages nichés au cœur de la  forêt.

Le café qu’ils cultivent encore à la main est frappé du label Fairtrade Max Havelaar, qui garantit une production dans des conditions commerciales équitables. Les producteurs Fairtrade obtiennent un prix minimum garanti qui couvre pour le moins les coûts de production. Le prix est même un peu plus élevé pour certains producteurs, car ils cultivent de façon biologique.

Ce prix minimum est une bonne chose, mais devient probablement de moins en moins nécessaire aujourd’hui que les prix des matières premières montent en flèche sous la pression de pays émergents comme la Chine et l’Inde. Le café est actuellement le deuxième produit de commodité le plus négocié en bourse. Entre parenthèses : est-ce en fin de compte vraiment éthique de spéculer sur la nourriture ?

Je pense que les avantages du label Max Havelaar sont ailleurs : au niveau de la prime Fairtrade que la coopération agricole touche et utilise pour sa communauté. J’ai vu cet argent accomplir de petits miracles. Les femmes d’une usine de torréfaction ont par exemple pu faire en sorte qu’un petit supermarché soit rattaché à l’usine. Un homme n’y aurait sans doute pas pensé, mais ces femmes savaient le temps qu’elles perdaient à parcourir les nombreux kilomètres indispensables pour aller faire leurs courses.

J’ai été touchée de voir que le commerce équitable a permis à ces femmes d’occuper une place à la fois dans le processus de production et dans la société. L’une des exigences pour la création d’une coopération agricole – qui paie la certification Fairtrade coûteuse et qui touche la prime Fairtrade – est en effet que non seulement le fermier en devienne membre, mais aussi toute sa famille. Et cet aspect exerce un impact considérable sur ces femmes, qui sont réellement impliquées.

Une femme m’a confié qu’elle ne répondait auparavant jamais aux questions d’une personne étrangère comme moi, mais qu’elle laissait toujours la parole à son mari. Elle s’exprime aujourd’hui plus librement. Autrefois, cette femme devait demander l’autorisation pour tout. Elle est aujourd’hui plus autonome. Même les finances du ménage sont aujourd’hui gérées de façon conjointe. La violence conjugale, sous la pression de la pauvreté et de l’alcoolisme, reste un problème majeur, mais les femmes sont aujourd’hui plus fermes sur leurs étriers grâce au commerce équitable. La règle veut par exemple qu’aucun café ne soit acheté chez un fermier qui se rend coupable d’actes de  violence conjugale !

La prime Fairtrade profite aux fermiers et à leur communauté dans d’autres domaines également. Des graines sont par exemple achetées pour les poules que les femmes élèvent comme commerce parallèle. Des investissements sont consentis dans des salons d’étude et médicaments, de l’argent est utilisé pour une école ou un dispensaire – les autorités paient les professeurs et médecins.

Mais le plus grand avantage pour les fermiers en tant qu’entrepreneurs est qu’ils peuvent travailler à long terme grâce au commerce équitable. Ils peuvent souscrire un crédit et investir à long terme. Ils sont moins dépendants des caprices du marché – et de la météo.

Ces petits fermiers au Nicaragua vous confrontent directement aux faits en tant que consommateur. Les entreprises chez nous parlent de supply chain – la chaîne du producteur au consommateur. Là-bas, les fermiers parlent de value chain. Ce discours vous fait réfléchir à ce qui se passe de l’autre côté de la Terre, à la valeur du travail qui y est accompli. Ce discours offre une meilleure image de la valeur que ces matières premières peuvent créer pour les personnes concernées.

Les femmes au Nicaragua parlent à la fois de leur rôle et du nôtre. « Sans vous, nous n’aurions aucune raison d’exister », disent-elles. C’est donc ici que le commerce équitable doit se développer pour porter ses fruits. Les entreprises peuvent aussi y contribuer en suivant l’exemple du groupe bancaire et d’assurance belge AXA, qui a opté pour du café fair trade dans toute l’entreprise et qui soutient le commerce équitable dans sa communication. La conclusion est simple : conférez au fair trade un visage humain et le consommateur suivra.

Pour plus d’informations sur le commerce équitable dans les entreprises : www.fairtradeatwork.be.

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